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Tout d’abord, un grand merci à James Dunstan et Shoko Nakagawa pour leur visite durant la période des vendanges. James nous a amicalement autorisés à publier les notes qu’il a prises durant son séjour:

Dimanche 9 septembre : Nous arrivons pour les vendanges aux « Clos Perdus », dans le Languedoc-Roussillon, où Paul Old, un de nos vignerons préférés, produit une gamme de vins de grande qualité. Cette rencontre avec Paul promet d’être riche en enseignements; tout d’abord, comme vous êtes nombreux à le savoir, Paul est un anglophone qui combine la science, le savoir-faire et l’art. Il a été danseur classique contemporain et est diplômé de l’université d’Australie en sciences du vin. C’est sa 15ème année en tant que vigneron; cette année les vendanges durent depuis plusieurs semaines, et sont de ce fait les plus longues que Paul ait connues.

Après un hiver normal (c’est-à-dire froid, un peu pluvieux), des pluies anormalement fortes sont tombées d’avril à août, en plus de la canicule estivale. Peut-être avez-vous vu les photos de la crue de la Seine à Paris ou des inondations dans le nord de la France.

Il a aussi beaucoup plu dans le sud de la France – un peu moins au centre, dans les régions viticoles de la Champagne, de la Loire, de la Bourgogne, du Beaujolais, de l’Alsace, et dans le nord du Rhône. Dans le sud, c’est-à-dire du sud du Rhône au Languedoc Roussillon jusqu’à la Provence, la pluie a favorisé les maladies de la vigne. Les principaux agresseurs, des champignons, sont le mildiou et l’oïdium. En agriculture biologique ou biodynamique, on peut traiter l’oïdium avec du soufre (en poudre) et le mildiou avec de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre sous forme liquide). Mais cette année, la pluie est tombée presque toutes les semaines de début avril à fin juin, et donc impossible de traiter correctement entre les averses. En plus, quand il pleut, il est très difficile de se déplacer dans les vignes car la terre est trop collante.

Voici les hauteurs de précipitations mensuelles  enregistrées à Narbonne (avec entre parenthèses les valeurs de 2017). La situation de Paul est un peu plus compliquée, parce que ses parcelles sont dispersées jusqu’à une heure de route de sa base de Peyriac, qui elle-même se situe à 20 minutes au sud-est de Narbonne et est aussi plus proche de la mer. Mais ça donne une idée.

Janvier 23mm (69)
Février 44mm (107)
Mars 151mm (81)
Avril 117mm (13)
Mai 93mm (19)
Juin 10mm (27)
Juillet 41mm (14)
Août 13mm (21)

Aujourd’hui, nous vendangeons sur deux parcelles qui se trouvent à une heure d’ici, sur les hauteurs d’Estagel dans le Roussillon. Paul utilise les fruits de ces parcelles pour plusieurs cuvées, comme L’Année Rouge et L’Année Blanc, ainsi que pour ses cuvées haut de gamme L’Extrême Rouge et L’Extrême Blanc.

Réveil nocturne à 05h15, juste le temps d’un café mais pas de «p’tit déj», il faut tenir avec le copieux repas de la veille. Nous rejoignons Paul à 06h15 devant la cave et partons en convoi, Paul devant dans son fidèle VW combi orange équipé de 4 roues motrices qui lui permettent de monter et de descendre les pistes, suivi d’un autre minibus qui transporte des vendangeurs espagnols.

La première parcelle se situe sur une colline près de Montner, à côté de Calce: 1 hectare de macabeu planté en 1950 sur un terrain mica-schisteux exposée plein sud qui donne au vin son caractère minéral. Le temps est couvert, il fait environ 22°C;  c’est l’idéal pour vendanger, même si la grisaille est un peu déprimante. Nous cueillons pendant une heure et demie. J’arrive à remplir trois caisses. Il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas de pourriture sur les grappes. S’il y en a, on enlève les parties contaminées ou bien on jette carrément la grappe. A 10, on remplit 35 caisses. On fait une pause de 10 minutes pour prendre un café et un croissant avant de continuer la route. Mais on laisse les 35 caisses sur place; la piste menant à l’autre parcelle est tellement raide que le tout-terrain ne peut y monter que sans charge supplémentaire. Ce n’est pas très rassurant.

On rebrousse chemin jusqu’à Estagel, puis direction Maury, pour traverser le Mas Amiel au Mas de Fredas et laisser la voiture au pied de la colline. Nous embarquons dans la VW pour la montée, tandis que les espagnols montent à pied au pas de course. Sur cette parcelle d’un demi-hectare, un terrain très pentu de schiste friable exposé plein sud, nous allons cueillir du grenache noir planté entre 1900 et 1910. Malgré l’âge des vignes, les raisins serviront à l’élaboration de la cuvée entrée de gamme L’Année Rouge, car étant plein sud, l’excès de soleil et de chaleur ne permet pas de développer suffisamment de finesse et de complexité aromatique tout en gardant une certaine fraîcheur. Mais Paul a aussi des parcelles sur la face nord, dont il récoltera d’ici deux semaines les fruits pour ses majestueuses cuvées L’Extrême. Nous passons deux heures à cueillir ici, pour un total de 65 caisses. Le travail est difficile, le fruit est tellement bas qu’il touche presque le sol, et il est souvent caché par le feuillage. Nous chargeons les caisses dans le combi, puis c’est parti pour une descente à sensations fortes, car la piste semble presque verticale par endroit, avec des ornières et le vide côté passager.

On se retrouve à la cave, Paul s’arrêtant d’abord à Montner pour récupérer les 35 caisses. Nous déchargeons le combi avant de faire une pause.

Ensuite, nous trions séparément les deux cépages à la cave avec un soin encore plus élevé que ce à quoi nous nous attendions.

Nous versons le contenu de chaque caisse de macabeu dans l’érafloir, une machine horizontale qui sépare les grains des rafles, qui sont évacuées à l’autre bout. Nous trions ensuite à la main les grains éraflés et écrasés pour enlever les bouts de tige restants afin d’avoir une matière première la plus propre possible pour la fermentation. Nous passons ensuite les grains dans un petit pressoir vertical. Nous posons soigneusement un voile aux dimensions du pressoir entre les couches de grains, et nous disposons les rafles sur les côtés ainsi que sur chaque couche en quatre points équidistants. C’est un procédé manuel qui demande une précision du détail quasi-obsessionnelle. Le but étant que le pressurage se fasse très lentement, proprement et complètement sans que les grains ne se coincent sur les côtés ou ne se collent entre eux, que le jus s’oxyde doucement, et d’extraire des rafles la matière phénolique qui apportera corps et complexité au vin. Au début, Paul goûte le jus régulièrement pour évaluer sa pureté, son taux de sucre, sa longueur en bouche et pour ajuster le pressoir si nécessaire. Il n’y a pas de protocole fixe, tous les procédés sont ajustés selon les caractéristiques des grains en question. Le jus est pompé délicatement dans une vieille barrique contenant le jus issu d’un carignan blanc récolté il y a quatre jours et qui commence à fermenter. Paul avait envisagé de faire un pur carignan blanc, mais au final il ajoute le macabeu que nous venons de récolter parce qu’il n’avait pas d’autres petites barriques où il aurait pu le mettre – c’est le côté pragmatique du métier, parfois c’est juste une question de logistique! Nous avons donc un assemblage intéressant – qui selon son évolution pourrait finir dans la cuvée L’Année, ou bien dans une micro-cuvée. Quand on fait du vin, on est bien face à une cible mouvante…

Il nous a fallu environ une heure pour presser les 35 caisses de macabeu.

A 13h30, c’est la pause déjeuner. On descend une bouteille de Beaujolais Villages 2017 du Domaine Chapel – beaucoup de classe et de plaisir de la part de cet excellent jeune producteur, fils du légendaire chef Alain Chapel, qui sorti sa première cuvée en 2016 à Lapierre.

Plus tard, après la sieste traditionnelle, nous nous occupons du grenache noir. Nous procédons comme avant: dans l’érafloir/fouloir, suivi du tri manuel. Ensuite, ça devient intéressant. Le jus est versé dans une cuve inox contenant de la syrah cueillie il y a quatre jours à Frézas dans les Corbières, et issue d’une vigne plantée en 1985 sur un sol argilo-calcaire mélangé à du schiste et de la marne bleue. La fermentation a débuté et la température est en augmentation ; l’ajout du grenache va temporairement refroidir le moût, stopper la fermentation et introduire une nouvelle population de levures. La fermentation redémarrera spontanément, aboutissant en un vin probablement plus complexe. Pas mal, non? Et ceci pour l’entrée de gamme L’Année. Paul abordera  chaque barrique et cuve avec autant de soin et dans le même esprit de curiosité.

Nous nettoyons la cave, et sortons les rafles pour les déposer provisoirement sur une des parcelles du vignoble les plus proches. Et nous nous préparons pour un nouveau départ aux aurores.

 

Amandiers en fleur à Montpellier, neige à Angers : la tournée des salons Millésime Bio et Demeter

Je dois l’admettre, venant de la scène artistique, je ne suis pas très matinale. Alors devoir partir à 6 heures du matin avec Paul pour le salon Millésime Bio à Montpellier a été un choc.

Je collabore de loin avec Les Clos Perdus depuis leur création en 2003, étant l’heureuse propriétaire d’un petit vignoble de 4 hectares à Fraissé-des-Corbières dont Paul s’occupe et utilise les fruits pour faire L’Année Rouge et la cuvée parcellaire Frézas. Ce n’est que récemment que j’ai officiellement rejoins l’entreprise, et que je me suis engagée, entre autres, à aider Paul à promouvoir les vins des Clos Perdus aux salons destinés aux professionnels.

Sur la route bordée d’amandiers en fleur, à bord de la camionnette orange de Paul direction Montpellier, le jour se lève – et une nouvelle page commence pour moi.

Millésime Bio – le mondial du vin biologique et la plateforme internationale de la viticulture bio – se tient au Parc des Expositions à Montpellier. Ma première impression : c’est gigantesque ! Plus de 800 exposants dans quatre halls d’exposition, des conférences, des cafés, des restaurants… c’est un village entier dédié au vin. Et c’est une réelle satisfaction de voir à quel point le mouvement biologique est devenu important en viticulture, non seulement en France mais dans le monde entier, et attire des négociants venus de toute l’Europe et d’Amérique du Nord.

Le salon semble avoir été organisé dans un vrai esprit d’équité. Les exposants ne sont rangés ni par région ni même par pays, on a l’impression que les places sont attribuées presque au hasard. C’est une bonne façon de faire des découvertes surprenantes. On se retrouve donc entre un Châteauneuf-du-Pape et un Sancerre. Dans ce même esprit, tout le monde se voit attribuer une table toute simple, et pas question d’attirer l’œil avec une mise en scène ostentatoire – ce qui permet une rencontre franche et directe entre le vigneron, son vin et le négociant. Ça nous convient parfaitement.

Cette année, Millésime Bio fête ses 25 ans – Les Clos Perdus sont fidèles à ce rendez-vous depuis presque la moitié de l’existence du salon – et c’est l’occasion de retrouver tous les négociants, cavistes et sommeliers qui nous soutiennent depuis tout ce temps.

Le premier jour, mon rôle consiste à présenter (en français la plupart du temps) les 7 cuvées de notre gamme : L’Année Blanc, L’Année Rouge, Cuvée 141, Prioundo, Mire la Mer, L’Extrême Blanc et L’Extrême Rouge. La consigne : rester neutre et ne pas compliquer les choses ! Les vins feront le reste. En plus, les professionnels en savent certainement beaucoup plus que moi. Mais parfois je m’emballe, surtout quand il s’agit de décrire les parcelles près de Tautavel d’où sont issues les cuvées L’Extrême. Elles sont tellement ingrates (je me rappelle à quel point, il y a quelques années de ça, les vendanges sur ces pentes plein nord étaient éprouvantes) qu’en gesticulant avec un enthousiasme typiquement français, je ne peux m’empêcher de dire : « shisteuxtrès vertigineux, impossible à tractoriser ! ». Heureusement, les vins parlent d’eux-mêmes.

Nos importateurs habituels s’arrêtent pour déguster nos derniers millésimes, et je commence à avoir une vision plus précise de tout ce réseau d’acteurs qui font connaître nos vins aux quatre coins du monde. Nous avons des partenaires en Australie, au Québec, en Californie, au Japon, sans compter dans la plupart des pays Européens. La façon dont ils apprécient nos vins et  l’intérêt qu’ils portent à ce qui se passe  au domaine dépassent le rapport purement professionnel – et je trouve ça à la fois inattendu et touchant.

Le deuxième jour, on a l’impression que tous les cavistes de France s’étaient donné rendez-vous à Montpellier. Certains sont des habitués – comme Matthias du Weingarage à Zurich – un gai luron dont l’existence semble être une longue et joyeuse fête, d’autres viennent nous voir grâce au bouche à oreille. C’est vraiment gratifiant de savoir que les vins des Clos Perdus sont bus aux quatre coins de France, de Fontenay-le-Comte à Ajaccio en passant par La Rochelle, Noirmoutier, Paris, et au-delà de nos frontières.

Le salon a été un énorme succès et nos commandes s’en ressentent. Nous rentrons à Peyriac de Mer en compagnie d’Oxer Bastegieta, un de nos importateurs et de surcroit un super vigneron Basque installé dans la Rioja, pour une soirée conviviale – un délicieux repas préparé par Deb, la femme de Paul, accompagné de vins d’exception : ceux de Nicolas Joly de la Coulée de Serrant (Loire), L’Extrême blanc de Paul, un vin complexe riche en minéralité, et le Rioja « Suzanne » d’Oxer (en hommage à Leonard Cohen, dit-il), d’un merveilleux équilibre.

La semaine suivante nous partons pour deux jours au salon Demeter à Angers – un rendez-vous nettement plus détendu et à échelle humaine, quoique faisant parti d’un plus grand salon dédié aux vins de la Loire qui se tient dans le hall d’à côté avec ses commerciaux tirés à quatre épingles et ses stands tapis de photos de vignobles et de châteaux à tourelles.

Côté Demeter, l’ambiance est conviviale – la glace vient à manquer (dans la Loire – il y a beaucoup de vins blancs à rafraîchir!) alors nous partageons le peu que nous avons. Nous avons le temps de déguster les vins des uns et des autres (j’ai découvert en particulier les vins soignés de Céline et Laurent Tripoz du Maconnais, et un Bandol remarquable du Domaine Castell-Reynoard), nous partageons nos expériences et comparons nos techniques vinicoles (enfin, Paul le fait – car moi j’écoute…). Côté business, nos vins ont du succès. C’est l’occasion de reprendre contact avec des clients réguliers, en particulier ceux de la Loire et de la région parisienne. M. Québec est venu de Montpellier et s’arrête pour passer une commande, et puis soudain une horde d’étudiants sommeliers japonais nous tombe dessus, tous curieux et avides de nouveauté.

Il fait froid dans le nord, mais cela ne nous a pas empêché de nous balader dans la belle ville d’Angers où nous sommes tombés sur un bar à vin tendance vins naturels – A boire et à manger – (sa devise: « seul ennemi : la soif »). C’est sans surprise qu’avec le salon, l’endroit attire plein de jeunes vignerons branchés qui débattent et dégustent sans fin. Nos choix de vins au verre vont du déjanté au sublime – il y a vraiment de tout dans le monde du vin naturel.

Quand vient le moment de rentrer en TGV, ma valise est pleine de bouteilles à partager avec mes amis de Paris et de Londres. La neige est arrivée et marchant péniblement vers la gare, je repense à ces deux salons en espérant m’être acquittée honorablement de mes tâches sans avoir fait trop de gaffes. En aidant Paul, j’ai pu avoir un aperçu de la façon dont Les Clos Perdus se positionnent sur le marché, du fonctionnement du marché du vin, mais aussi de la gentillesse et la générosité de tant de personnes d’un bout à l’autre de la chaîne.

S’il me le demande, je serai à nouveau de la partie !

Faith Wilson

 

 

 

 

Mise à jour 01/01/2018

Comme 2016, 2017 fut une année à faible rendement pour Les Clos Perdus.

On peut citer comme raisons principales les effets de deux années de sècheresse, les pertes liées à l’appétit vorace des cochons sauvages ainsi qu’au gel du début de saison.

Mais la bonne nouvelle, c’est que les deux millésimes sont superbes, et sont sûrs de vous procurer de belles sensations.

Au stade initial, les vins du millésime 2017 sont apparus frais et très propres,  et ont été un vrai régal à la dégustation. La fermentation par nos levures et bactéries indigènes s’est terminée bien avant l’arrivée du froid. Les vins sont maintenant en train de reposer sur leurs lies fines,  tout en développant leur complexité.

Après quatre ans passés avec nous, Ben Adams a décidé de rentrer au Royaume-Uni avec sa famille pour se consacrer à l’industrie du vin pétillant anglais.

Je suis très reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de travailler avec Ben et lui souhaite bonne chance pour la suite.

Par conséquent, je vais devoir consacrer plus de temps à la vigne, où je serai guidé par ma conviction que la biodiversité présente dans le sol génère une complexité et une vitalité qui se retrouve dans le vin.

Ma femme, Deborah Old, passera plus de temps à s’occuper des aspects logistiques et à répondre aux demandes de l’Administration Française.

Je ferai appel à de l’aide externe à la vigne ; avec cela, j’espère qu’en partageant le savoir que nous avons acquis nous pourrons développer des rapports professionnels enrichissant.

Nous avons aussi une nouvelle associée en la personne de Faith Wilson. Faith réside une partie de l’année à Paziols, et assiste Les Clos Perdus depuis sa création en 2003. Elle a une longue carrière de publiciste freelance et est une grande amateur des vins du Languedoc, au point d’avoir acheté des vignes dans les Hautes Corbières ; celles-ci sont maintenant travaillées par Les Clos Perdus.

Faith sera présente aux prochains salons de Montpellier et d’Angers.

Notre autre associé, Stuart Nix, continuera à garder un œil sur les aspects financiers de l’entreprise.

Alors que l’année 2018 ne fait que commencer et que l’hiver rigoureux a recouvert les Pyrénées d’un épais manteau blanc, c’est avec soulagement que nous voyons enfin la pluie tomber sur nos vignes assoiffées. Pourvu que cela dure.

Un début de saison prometteur

Après une période de croissance  très sèche  en 2016, nos vignes en stress hydrique ont finalement reçu ce dont elles avaient besoin cet hiver : de l’eau en abondance.

Les 1000mm de pluie qui sont tombés ont permis à nos vignes de bourgeonner avec une vitalité retrouvée, dans un contexte verdoyant.

Les températures à la mi-avril ont freiné la croissance de la vigne, limitant les dommages (casse) que peut causer la tramontane si familière en cette saison.

Donc, un début tout à fait prometteur.

De la fin janvier au début du printemps, c’est le temps en Europe des salons. Cette année, j’ai participé à des dégustations en France, en Suisse et en Italie. Ce sont des occasions importantes pour déguster et discuter des nouveaux millésimes avec les importateurs, cavistes et sommeliers et pour faire de nouvelles rencontres. Ces moments intenses de dégustations et de partage à côté d’autres vignerons stimulent la réflexion et apportent de l’inspiration pour l’année à venir.

Parmi les vins présentés aux salons, voici ceux qui selon moi étaient particulièrement aboutis:

Prioundo 2013 – Une belle expression de la fraîcheur de 2013. Une envolée de fruits rouges, plein de vitalité et de fraîcheur.

 Mire la Mer 2014 – Une année 2014 plus riche. Persistance du fruit sur un fond de cuir et de charcuterie, équilibrant le vin. Des tannins légèrement poudreux en bouche.

L’Extrême 2012 – 2012 a été une année difficile pour les grenaches à cause d’une floraison très faible. Et pourtant, ce vin est étonnamment abouti.

Un nez de garrigue. Bel équilibre, une minéralité de pierre humide, plein de vitalité et si facile à boire.

Extrême blanc 2015 – Un Extrême blanc atypique à cause de sa longue fermentation et de son contact prolongé avec la matière solide. Une robe presque orangée. Un concentré de pomme cuite, de poire et de gingembre confit. Intéressant et plein de caractère.

Notes sur le millésime 2016

Le millésime 2016 approche et il y a une tendance naturelle à chercher des ressemblances avec les millésimes précédents. Mais quand un millésime comme celui de 2016 se produit, tous les autres disparaissent au loin. On prend rapidement conscience de l’importance du présent, on fait confiance à ce que l’on voit et ce que l’on ressent en bouche, et on sait que le moment des vendanges et de la manipulation du fruit en cave sera déterminant pour atteindre le potentiel de cette récolte.

L’hiver 2015/2016 a été extrêmement doux – et non pas par stoïcisme ou parcimonie, nous n’avons utilisé qu’une seule palette de bois de chauffage comparé au trois que nous consommons normalement.

Nous nous attendions donc à une croissance précoce, et nous sommes dépêchés de finir la taille et de répandre le compost, mais contre toute attente cet hiver doux fut suivi d’un printemps frais. Ce temps frais et sec a duré jusqu’au début de l’été, ralentissant la croissance des vignes.

Très peu de pluie étant tombée depuis la dernière récolte, nous avons passé du temps à irriguer et désherber nos nouveaux plants de terret et de grenache gris.

La floraison du grenache a été encore une fois décevante, si bien que nous l’arracherions s’il ne produisait pas des vins si élégants, souples et séduisants qui font de si beaux assemblages.

Arrivé début juillet, la période de croissance, qui été partie pour être précoce, présentait deux à trois semaines de retard par rapport à la normale.

Puis l’été à proprement parler est arrivé, période idéale pour les touristes, la plage… mais aussi période de sècheresse. Les vignes ont subi un stress hydrique comme je n’en avais jamais vu. Deux choses peuvent se produire dans cette situation : les stomates des feuilles se referment pour limiter les pertes en eau, réduisant la photosynthèse et retardant la croissance, ou bien au contraire la vigne se comporte comme une mère sacrificielle qui s’empresse de faire grandir ses petits à son proper détriment. Pour tous les cépages, à l’exception du carignan, ce fut la course à la maturation.

Fin août, le sucre des fruits augmentant rapidement, nous avons décidé de vendanger, optant pour de la fraîcheur et une acidité bien présente plutôt qu’un jus doux et riche à haut potentiel alcoolique.

De nombreuses heures ont été passées en cave à enlever les rafles vertes qui se briser dans l’érafleuse, et pour cette raison la fermentation s’est faite avec des grappes entières quand les rafles n’étaient pas trop vertes.

J’aime ce que voit actuellement en cave. Tout en délicatesse, avec moins de tannins qu’à mon habitude, un côté vert mais des vins très cristallins, tendus, avec des envolées aromatiques.

La vraie qualité de ce millésime 2016 se révèlera dans le temps, mais nous savons déjà que la quantité sera inférieure à l’année dernière, en partie due aux sangliers qui ont bravé les clôtures électriques pour se désaltérer un peu.

Dans les deux prochaines semaines, nous allons finir de presser les rouges, et retourner à la vigne pour répandre le compost biodynamique à base de bouse de corne 500P. Le cycle recommence.

Bienvenue

Website cave 012

Le lancement de ce nouveau site web représente une nouvelle étape dans la vie de Les Clos Perdus.

Depuis deux ans, sachant que mon partenaire fondateur Hugo Stewart quitterai l’exploitation, j’ai mis en place une équipe d’individus talentueux qui feront avancer Les Clos Perdus dans son ambitieuse entreprise de création de vins éclatants et élégants qui reflètent les terroirs merveilleux et variés du Languedoc Roussillon.

Durant notre courte existence, il nous est apparu comme évident que le fonctionnement et le succès d’une cave viticole dépendaient d’une grande famille qui comprend les méthodes, les ambitions et la philosophie de l’entreprise. Dans ce groupe, nous incluons la famille directe, les viticulteurs et les œnologues, les fournisseurs, les agents, les importateurs, les cavistes et les sommeliers.

Nous sommes reconnaissants envers ceux qui ont aidé Les Clos Perdus à grandir et nous nous réjouissons de partager avec vous nos prochains développements.

En cave, nous avons déjà entrepris l’exploration à petite échelle de nouvelles techniques et de nouveaux assemblages qui devrait guider l’évolution de Les Clos Perdus dans l’avenir. A la vigne, nous avons augmenté les traitements à base de tisane et de compost liquide afin de réduire la dépendance au soufre.

Ainsi, ayant acquis une solide base de connaissances, nous espérons aller de l’avant avec la même énergie et la même fraîcheur qu’à nos débuts.

Little Gidding

Nous ne cesserons pas notre exploration
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et de savoir le lieu pour la première fois.

T.S. Eliot (traduction de Pierre Leyris)