Notes sur le millésime 2016

Le millésime 2016 approche et il y a une tendance naturelle à chercher des ressemblances avec les millésimes précédents. Mais quand un millésime comme celui de 2016 se produit, tous les autres disparaissent au loin. On prend rapidement conscience de l’importance du présent, on fait confiance à ce que l’on voit et ce que l’on ressent en bouche, et on sait que le moment des vendanges et de la manipulation du fruit en cave sera déterminant pour atteindre le potentiel de cette récolte.

L’hiver 2015/2016 a été extrêmement doux – et non pas par stoïcisme ou parcimonie, nous n’avons utilisé qu’une seule palette de bois de chauffage comparé au trois que nous consommons normalement.

Nous nous attendions donc à une croissance précoce, et nous sommes dépêchés de finir la taille et de répandre le compost, mais contre toute attente cet hiver doux fut suivi d’un printemps frais. Ce temps frais et sec a duré jusqu’au début de l’été, ralentissant la croissance des vignes.

Très peu de pluie étant tombée depuis la dernière récolte, nous avons passé du temps à irriguer et désherber nos nouveaux plants de terret et de grenache gris.

La floraison du grenache a été encore une fois décevante, si bien que nous l’arracherions s’il ne produisait pas des vins si élégants, souples et séduisants qui font de si beaux assemblages.

Arrivé début juillet, la période de croissance, qui été partie pour être précoce, présentait deux à trois semaines de retard par rapport à la normale.

Puis l’été à proprement parler est arrivé, période idéale pour les touristes, la plage… mais aussi période de sècheresse. Les vignes ont subi un stress hydrique comme je n’en avais jamais vu. Deux choses peuvent se produire dans cette situation : les stomates des feuilles se referment pour limiter les pertes en eau, réduisant la photosynthèse et retardant la croissance, ou bien au contraire la vigne se comporte comme une mère sacrificielle qui s’empresse de faire grandir ses petits à son proper détriment. Pour tous les cépages, à l’exception du carignan, ce fut la course à la maturation.

Fin août, le sucre des fruits augmentant rapidement, nous avons décidé de vendanger, optant pour de la fraîcheur et une acidité bien présente plutôt qu’un jus doux et riche à haut potentiel alcoolique.

De nombreuses heures ont été passées en cave à enlever les rafles vertes qui se briser dans l’érafleuse, et pour cette raison la fermentation s’est faite avec des grappes entières quand les rafles n’étaient pas trop vertes.

J’aime ce que voit actuellement en cave. Tout en délicatesse, avec moins de tannins qu’à mon habitude, un côté vert mais des vins très cristallins, tendus, avec des envolées aromatiques.

La vraie qualité de ce millésime 2016 se révèlera dans le temps, mais nous savons déjà que la quantité sera inférieure à l’année dernière, en partie due aux sangliers qui ont bravé les clôtures électriques pour se désaltérer un peu.

Dans les deux prochaines semaines, nous allons finir de presser les rouges, et retourner à la vigne pour répandre le compost biodynamique à base de bouse de corne 500P. Le cycle recommence.