Amandiers en fleur à Montpellier, neige à Angers : la tournée des salons Millésime Bio et Demeter

Je dois l’admettre, venant de la scène artistique, je ne suis pas très matinale. Alors devoir partir à 6 heures du matin avec Paul pour le salon Millésime Bio à Montpellier a été un choc.

Je collabore de loin avec Les Clos Perdus depuis leur création en 2003, étant l’heureuse propriétaire d’un petit vignoble de 4 hectares à Fraissé-des-Corbières dont Paul s’occupe et utilise les fruits pour faire L’Année Rouge et la cuvée parcellaire Frézas. Ce n’est que récemment que j’ai officiellement rejoins l’entreprise, et que je me suis engagée, entre autres, à aider Paul à promouvoir les vins des Clos Perdus aux salons destinés aux professionnels.

Sur la route bordée d’amandiers en fleur, à bord de la camionnette orange de Paul direction Montpellier, le jour se lève – et une nouvelle page commence pour moi.

Millésime Bio – le mondial du vin biologique et la plateforme internationale de la viticulture bio – se tient au Parc des Expositions à Montpellier. Ma première impression : c’est gigantesque ! Plus de 800 exposants dans quatre halls d’exposition, des conférences, des cafés, des restaurants… c’est un village entier dédié au vin. Et c’est une réelle satisfaction de voir à quel point le mouvement biologique est devenu important en viticulture, non seulement en France mais dans le monde entier, et attire des négociants venus de toute l’Europe et d’Amérique du Nord.

Le salon semble avoir été organisé dans un vrai esprit d’équité. Les exposants ne sont rangés ni par région ni même par pays, on a l’impression que les places sont attribuées presque au hasard. C’est une bonne façon de faire des découvertes surprenantes. On se retrouve donc entre un Châteauneuf-du-Pape et un Sancerre. Dans ce même esprit, tout le monde se voit attribuer une table toute simple, et pas question d’attirer l’œil avec une mise en scène ostentatoire – ce qui permet une rencontre franche et directe entre le vigneron, son vin et le négociant. Ça nous convient parfaitement.

Cette année, Millésime Bio fête ses 25 ans – Les Clos Perdus sont fidèles à ce rendez-vous depuis presque la moitié de l’existence du salon – et c’est l’occasion de retrouver tous les négociants, cavistes et sommeliers qui nous soutiennent depuis tout ce temps.

Le premier jour, mon rôle consiste à présenter (en français la plupart du temps) les 7 cuvées de notre gamme : L’Année Blanc, L’Année Rouge, Cuvée 141, Prioundo, Mire la Mer, L’Extrême Blanc et L’Extrême Rouge. La consigne : rester neutre et ne pas compliquer les choses ! Les vins feront le reste. En plus, les professionnels en savent certainement beaucoup plus que moi. Mais parfois je m’emballe, surtout quand il s’agit de décrire les parcelles près de Tautavel d’où sont issues les cuvées L’Extrême. Elles sont tellement ingrates (je me rappelle à quel point, il y a quelques années de ça, les vendanges sur ces pentes plein nord étaient éprouvantes) qu’en gesticulant avec un enthousiasme typiquement français, je ne peux m’empêcher de dire : « shisteuxtrès vertigineux, impossible à tractoriser ! ». Heureusement, les vins parlent d’eux-mêmes.

Nos importateurs habituels s’arrêtent pour déguster nos derniers millésimes, et je commence à avoir une vision plus précise de tout ce réseau d’acteurs qui font connaître nos vins aux quatre coins du monde. Nous avons des partenaires en Australie, au Québec, en Californie, au Japon, sans compter dans la plupart des pays Européens. La façon dont ils apprécient nos vins et  l’intérêt qu’ils portent à ce qui se passe  au domaine dépassent le rapport purement professionnel – et je trouve ça à la fois inattendu et touchant.

Le deuxième jour, on a l’impression que tous les cavistes de France s’étaient donné rendez-vous à Montpellier. Certains sont des habitués – comme Matthias du Weingarage à Zurich – un gai luron dont l’existence semble être une longue et joyeuse fête, d’autres viennent nous voir grâce au bouche à oreille. C’est vraiment gratifiant de savoir que les vins des Clos Perdus sont bus aux quatre coins de France, de Fontenay-le-Comte à Ajaccio en passant par La Rochelle, Noirmoutier, Paris, et au-delà de nos frontières.

Le salon a été un énorme succès et nos commandes s’en ressentent. Nous rentrons à Peyriac de Mer en compagnie d’Oxer Bastegieta, un de nos importateurs et de surcroit un super vigneron Basque installé dans la Rioja, pour une soirée conviviale – un délicieux repas préparé par Deb, la femme de Paul, accompagné de vins d’exception : ceux de Nicolas Joly de la Coulée de Serrant (Loire), L’Extrême blanc de Paul, un vin complexe riche en minéralité, et le Rioja « Suzanne » d’Oxer (en hommage à Leonard Cohen, dit-il), d’un merveilleux équilibre.

La semaine suivante nous partons pour deux jours au salon Demeter à Angers – un rendez-vous nettement plus détendu et à échelle humaine, quoique faisant parti d’un plus grand salon dédié aux vins de la Loire qui se tient dans le hall d’à côté avec ses commerciaux tirés à quatre épingles et ses stands tapis de photos de vignobles et de châteaux à tourelles.

Côté Demeter, l’ambiance est conviviale – la glace vient à manquer (dans la Loire – il y a beaucoup de vins blancs à rafraîchir!) alors nous partageons le peu que nous avons. Nous avons le temps de déguster les vins des uns et des autres (j’ai découvert en particulier les vins soignés de Céline et Laurent Tripoz du Maconnais, et un Bandol remarquable du Domaine Castell-Reynoard), nous partageons nos expériences et comparons nos techniques vinicoles (enfin, Paul le fait – car moi j’écoute…). Côté business, nos vins ont du succès. C’est l’occasion de reprendre contact avec des clients réguliers, en particulier ceux de la Loire et de la région parisienne. M. Québec est venu de Montpellier et s’arrête pour passer une commande, et puis soudain une horde d’étudiants sommeliers japonais nous tombe dessus, tous curieux et avides de nouveauté.

Il fait froid dans le nord, mais cela ne nous a pas empêché de nous balader dans la belle ville d’Angers où nous sommes tombés sur un bar à vin tendance vins naturels – A boire et à manger – (sa devise: « seul ennemi : la soif »). C’est sans surprise qu’avec le salon, l’endroit attire plein de jeunes vignerons branchés qui débattent et dégustent sans fin. Nos choix de vins au verre vont du déjanté au sublime – il y a vraiment de tout dans le monde du vin naturel.

Quand vient le moment de rentrer en TGV, ma valise est pleine de bouteilles à partager avec mes amis de Paris et de Londres. La neige est arrivée et marchant péniblement vers la gare, je repense à ces deux salons en espérant m’être acquittée honorablement de mes tâches sans avoir fait trop de gaffes. En aidant Paul, j’ai pu avoir un aperçu de la façon dont Les Clos Perdus se positionnent sur le marché, du fonctionnement du marché du vin, mais aussi de la gentillesse et la générosité de tant de personnes d’un bout à l’autre de la chaîne.

S’il me le demande, je serai à nouveau de la partie !

Faith Wilson